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Marché : La prise de pouvoir des démocrates au Congrès américain et au Texas, un coup dur pour l'IA en Bourse? Ce n'est pas si simple…

Aujourd'hui à 10:54
Le Nasdaq pogresse

(BFM Bourse) - Les élections de mi-mandat se sont traduites par une large défaite du camp républicain avec les démocrates qui ont repris les deux chambres du Congrès. Les analystes redoutent un environnement moins propice à l'essor de l'intelligence artificielle, mais la réaction de marché s'avère, pour l'heure, mesurée.

Les Américains ont infligé un camouflet à Donald Trump dans les urnes. Les élections de mi-mandat qui se sont tenues dans la nuit de mardi à mercredi se sont traduites par une "vague bleue", les démocrates reprenant le contrôle de la chambre des Représentants et du Sénat au Congrès américain.

"Cela signifie que lorsque le nouveau Congrès se réunira en janvier, ce sera la première fois que les démocrates contrôleront les deux chambres depuis les deux premières années de la présidence de Joe Biden", explique Deutsche Bank.

"De plus, c'est la première fois au cours des deux mandats de Trump que les démocrates détiennent à la fois la Chambre des représentants et le Sénat, en effet, lors du premier mandat de Trump, les républicains conservaient encore la majorité au Sénat après les élections de mi-mandat de 2018. Cela viendra donc renforcer les contraintes pesant sur l'administration Trump", ajoute la banque allemande.

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Wall Street vacille sans chuter

Ce qui signifie donc que les nouvelles législations, notamment pour les textes budgétaires ou pour relever le plafond de la dette, nécessiteront d'obtenir le soutien d'une partie du camp démocrate, de sorte à atteindre une majorité au Congrès.

Quelles conséquences ce scrutin peut-il avoir pour les marchés ? Les contrats à terme sur les indices américains ont été quelque peu chahutés. Celui sur le S&P 500 a perdu 1% avant de refaire ses pertes et d'évoluer en progression de 0,22%.

Plusieurs experts de marché pointent un enjeu : la course à l'intelligence artificielle (IA). Les hyperscalers (Amazon, Microsoft, Alphabet) dépensent des centaines de milliards de dollars pour développer des centres de données à la vitesse grand V et sécuriser ainsi la puissance de calcul aux grands modèles de langage d'IA. Selon JPMorgan, ces dépenses d'investissement dans l'IA devraient atteindre 900 milliards de dollars cette année.

Mais l'essaimage des centres de données aux États-Unis rencontre une opposition populaire aux États-Unis en raison notamment de la consommation d'électricité et d'eau de ces infrastructures ainsi que de leur impact environnemental. Un sondage Gallup de mai montrait que 7 Américains sur 10 étaient opposés à la construction de data center dans leur voisinage. Le camp démocrate est sensible à cette opposition.

Parallèlement aux élections de mi-mandat, un scrutin critique a eu lieu au niveau d'un état clef.

Le Texas enjeu local majeur

"Si tous les yeux étaient rivés sur les sondages concernant la Chambre des Représentants et le Sénat ces dernières semaines, le véritable enjeu de ces élections pour les marchés financiers résidait sans doute dans la course pour le poste de gouverneur du Texas", observe Nabil Milali, d'Edmond de Rotschild AM.

La démocrate Gina Hinojosa, qui a remporté la bataille pour devenir gouverneure de cet état, cette nuit, tient un discours hostile à la construction des data centers. Son opposant républicain, Greg Abbott, "était considéré comme un des principaux partisans du développement des data centers comme en témoigne le fait que son Etat concentrait à lui seul près d’un tiers des capacités disponibles ou en cours d’installation aux Etats-Unis", explique Nabil Milali.

"À cela s’ajoutent les nombreux référendums et votes locaux sur une partie du territoire qui représente 170 sur les 300 GW de capacités prévues aux États-Unis et dont les résultats provisoires sont sans appel avec l’adoption d’une vingtaine de mesures restrictives visant à freiner la création de nouveaux data centers", ajoute l'expert de marché.

La prise de contrôle des deux chambres par les Démocrates à Washington ajoute des incertitudes au niveau national.

Deutsche Bank évoque ainsi "les craintes des investisseurs selon lesquelles la majorité démocrate au Congrès pourrait entraîner un durcissement de la réglementation en matière d'IA".

"Le secteur technologique pourrait rester sous pression (en Bourse, NDLR)", juge Andrea Tueni, de Saxo Banque.

"La victoire démocrate pourrait se traduire par une surveillance parlementaire accrue et une pression réglementaire renforcée sur l'intelligence artificielle, notamment en matière de protection des données, de concurrence et d'empreinte énergétique des centres de données", liste encore l'expert de marché.

Incertitudes

"Cette incertitude intervient dans un contexte où les investisseurs s'interrogent déjà sur la rentabilité des investissements massifs consacrés aux infrastructures d'IA", rappelle-t-il.

Plusieurs grands noms de la tech, comme Meta et Alphabet, ont récemment subi de lourdes punitions boursières, les investisseurs redoutant qu'ils dépensent comme des paniers percés sans que ces dépenses dans l'IA se traduisent par un retour sur un investissement sensible.

À tel point que l'IA en Bourse est à la peine. Pour donner un simple chiffre, son porte-étendard, Nvidia, voit son action chuter de 13% sur un mois et a d'ailleurs perdu sa place de première capitalisation mondiale au profit d'Apple.

Les succès électoraux des démocrates risquent donc de constituer un coup de canif supplémentaire à la thématique de l'IA en Bourse.

Dans les faits, l'équation s'avère plus compliquée. Comme dit précédemment, les indices américains ont vite effacé leurs pertes ce mercredi. Le contrat à terme sur le Nasdaq prend 0,25%. Le Kospi, l'indice phare de la Bourse de Séoul, qui est dominé par deux groupes de semi-conducteurs et donc d'IA (SK Hynix et Samsung) a terminé en hause de 0,6%.

À la Bourse de Paris, les "valeurs IA" tremblent sans rompre pour autant. Le groupe de semi-conducteurs Soitec perd 4%, Schneider Electric et Legrand, dont les croissances ont été portées par leurs produits pour les centres de données, reculent respectivement de 1,33% et 0,97%.

"Les investisseurs espèrent que le discours anti-IA n’était qu’une posture de campagne électorale et que les Démocrates se montreront plus pragmatiques une fois au pouvoir. Le programme de la nouvelle gouverneure du Texas n’est d’ailleurs pas favorable à un blocage total de la construction de data centers mais plutôt à la mise en place de règles garantissant les droits et limitant le surcoût pour les ménages", explique Nabil Milali.

Hausse des taux

Par ailleurs, l'alourdissement de la régulation de l'IA ne signifie pas pour autant que la thématique n'a plus d'avenir.

"La volatilité du secteur de l’IA pourrait s’accentuer sous l’effet des aléas politiques, mais la demande sous-jacente reste solide. Un renforcement du contrôle du Congrès ne fera pas nécessairement dérailler le cycle d’investissement dans l’IA. Des restrictions fédérales de grande envergure se heurteraient à des obstacles législatifs et présidentiels, tandis que les réglementations des États et des collectivités locales restent plus déterminantes pour le calendrier et l’implantation des centres de données", synthétise UBS.

La banque estime que les dépenses d’investissement dans l’IA, atteindront 1.000 milliards de dollars en 2026 et 1.400 milliards de dollars en 2027. "Néanmoins, les investisseurs mondiaux accordent davantage d’importance aux risques liés au surinvestissement, au financement et à la monétisation", rappelle-t-elle.

Dernier point, plus technique. La victoire des démocrates aux élections s'accompagne d'une baisse des rendements obligataires. Le taux sur l'obligation américaine à 10 ans perd ainsi 5 points de base (0,05 point de pourcentage) à 4,923%.

Le succès démocrate laisse "entrevoir un durcissement de l'impasse budgétaire, notamment en ce qui concerne le financement de l'État, le plafond de la dette et les nouvelles initiatives de dépenses", explique Stephen Innes de Spi AM. "Cela pourrait freiner quelque peu la hausse des rendements des bons du Trésor et mettre le dollar sur la défensive, surtout si les investisseurs commencent à revoir à la baisse leurs anticipations concernant une nouvelle expansion budgétaire", ajoute-t-il.

"S’il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives de ces premiers mouvements, les investisseurs semblent se concentrer sur ce qu’un raz-de-marée Démocrate pourrait signifier pour la politique, notamment des contraintes accrues sur les dépenses de défense et un risque réduit de négociations controversées sur le plafond de la dette", abonde Michael Krautzberger d'AllianzGI.

Or une baisse des taux obligataires, par construction, favorise les actions de croissance, notamment les actions technologiques et celles liées à l'IA. Ce qui explique la réaction mitigée des marchés.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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